Variations sur le thème de la Bête (1)
Le Dimanche est tardif, la première neige recouvre le village.
Ici les maisons cossues entourent l'église encore structurante.
Pas de bistrot. C'est trop petit.
La boulangerie est un lieu de vie.
Elle est au fond de la cour d'une vielle ferme toute en pierre.
Un chemin sinueux, contourne la batisse principale en longeant la grange.
La roche et le bois sont mariés.
L'habitude et la nostalgie rendent l'union inévitable.
Le temps a sculpté, dans la noirceur doucement apprise du sapin, la sérenité.
Au bout, patiemment, les voitures attendent.
Une petite marche, une grande porte vitrée.
La clochette tréssaille.
Enveloppée dans une douce chaleur ouatée, le tenancier,
la gouaille joviale vend ses gros pains, ses belles tartes et ses jolies quiches
à des clients ravis et volubiles.
Bonhomme, sa femme aux belles miches,
sourit en servant avec cet "air d'ici" qu'on lui prête facilement.
Un vieil homme, l'accent marqué commande longuement son pain de la semaine, son journal, son saucisson...
Dans le meme temps, derrière, un ami du chef observe goulument les deux pizzas qui restent.
Il se decide. En designe une.
L'instant qui suit, le premier désigne la même.
Sourires crispés. Les facades se fendillent.
Les bêtes grognent.
"j'étais devant!"
"je l'avais choisie d'abord!"
Le dressage est mieux réussi chez le vieux. Il prend la moins jolie.
L'ami gagne en se fendant d'un "mais si vous la voulez, prenez la!".
Dehors doucement la neige tombe.